Le Tubavion

La Picardie a joué un rôle très important dans l’histoire de l’aviation.

L’histoire de LONG a d’ailleurs été marquée par une invention importante en 1909, celle du Tubavion.

Comme Icare, Charles PONCHE, un habitant de LONG a rêvé de pouvoir s’envoler et partager le ciel avec les oiseaux.

Après Santos-Dumont qui le 12 novembre 1906 sur la pelouse de Bagatelle volait sur une distance de 220 m à 6 m du sol et à une vitesse de 41,292 km/h ; Comme les Voisin, Dallery qui inventa l’hélice,Farman, Wright, Blériot, Latham, Chavez, Roland Garros, Rolls, et plus près de chez nous les frères Gaston et René Caudron qui fabriquaient mais également formaient leurs pilotes dans leur école de pilotage (voir le Musée de Rue), messieurs PONCHE et PRIMART se sont passionnés pour l’aviation et créèrent le Tubavion, le premier avion en acier avec voilure en aluminium.

L’aviation en cette année 1911 s’impose avec force. Pour la petite histoire, il y a eu 1350 aéroplanes construits dans le monde (Encyclopaédia Universalis).

  Monsieur Marie Joseph Louis Charles  PONCHE né le 23 Mai  1884 à Amiens, fils de Jean Marie Joseph Emile PONCHE et de Adèle Augustine Marie Charlotte Denise LEROY, époux de Jeanne Catherine Louise DANGLADE a donc marqué l’histoire de notre village.

C’est donc dans les ateliers « Ponche », ceux de la tréfilerie qui fabriquait de la paille de fer, situés rue du 8 Mai, anciennement « rue Basse» qu’a été construit le premier appareil entièrement métallique avec une voilure tout en aluminium en 1909.

En 1910, lors du meeting d’Héliopolis-Le Caire, il fit la connaissance de monsieur Maurice PRIMARD, mécanicien réputé, propriétaire de nombreux brevets, à

qui il montra ces différentes esquisses.

 Grâce au travail conjugué de messieurs  PONCHE et  PRIMARD  et à leur audacieux pilote monsieur MAIRE  qui était d’ailleurs un excellent mécanicien, le Tubavion prend son envol. L’hélice placée à l’arrière laissait une vue parfaite au pilote.   Afin d’apporter encore de nouvelles améliorations à l’appareil des essais sont menés à Paris-Plage.

Voici les caractéristiques de ce prototype (article paru dans « Notre Picardie » le 1 novembre 1911 et fiche technique du salon de Paris en 1911)

Moteur Labo-aviation : régime 7200 tours – un seul levier commande le gauchissement et le gouvernail de profondeur. 

  

En 1911, le TUBAVION fut exposé au salon aéronautique et connut un grand succès au Grand palais à PARIS. En 1912, il fit sensation aux différents meetings (Voir article du 1 juin 1912 du journal « Notre Picardie ).

Son pilote était maintenant monsieur GOFFIN. Ce fameux pilote montrait toute l’étendue des possibilités de cet appareil à Issy-les-Moulineaux.

Lors de l’été 1912 à Reims, devant le Colonel BOUTTIAUX et d’autres experts de l’aviation militaire, le Tubavion fit grande sensation.

Le 15 Juillet 1912 au meeting organisé par la ville d’Amiens, aux abords de la route de Conty, malgré un vent violent, le pilote Goffin fit une série de figures qui laissa les spécialistes admiratifs. Le Tubavion avait donc devant lui un avenir très prometteur.

Mais en 1913, l’armée refuse néanmoins son agrément à l’appareil. Messieurs  PONCHE et PRIMARD, sans se décourager,  continuent à travailler…     

Arrive  la grande guerre, la première guerre mondiale,  et l’aviation prend alors une importance de tout premier ordre dans l’art du combat. En 1915, la commission d’examens des avions et moteurs de l’aviation militaire, à nouveau très intéressée par le TUBAVION qui pourrait servir à faire des photos des lignes ennemies, rédige un rapport sur les essais de ce nouveau prototype du tubavion qui est maintenant doté d’un moteur Rhône  110.

Voici le rapport du Lieutenant Toussaint de décembre 1915

                          Commission d’examen des avions et moteurs nouveaux

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                     Rapport du Lieutenant Toussaint, secrétaire de la commission

                            Des avions et moteurs, au sujet de l’avion PONCHE

                                                Moteur Rhone 110 HP

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En exécution des prescriptions de la D.M. 37526 2/12 du Sous Secrétaire d’Etat de l’aéronautique Mre, j’ai l’honneur de rendre compte ci-après des opérations effectuées au cours des essais de l’avion PONCHE-Rh.110 HP.

               Ces opérations sont résumées dans les chapitres suivants :

A.     Caractéristiques générales de l’Avion

B.      Examen détaillé, description

C.     Résumé des essais

D.     Résultat des essais

E.     Conclusions

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CONCLUSIONS :

                 L’avion présenté par le St Ponche semble convenir pour les missions habituelles des avions de Corps d’Armée / réglage de tir contestable sur les avions actuels :

                                                                                                            pour la visibilité 

                                                                                                                    l’atterrissage

                                                                                                                    l’armement

                 Il serait intéressant que cet avion soit expérimenté sur le front dans une escadrille de C.A. Le St Ponche s’offre d’ailleurs à compléter les essais actuels par un essai sur le front.

                 Il y a lieu de noter l’effort considérable fait par le Sergent Ponche et ses collaborateurs pour arriver à mettre au point cet avion avec des ressources et des moyens très limités.

                 A ce point de vue, de petits détails de construction laissent à désirer qu’il sera possible de perfectionner dans une construction ultérieure.

                             Signé : Toussaint                      Déc 1915

Et le Procès-verbal de la réunion de la commission d’examen du 23 12 1915.

                                                       PROCES-VERBAL

                                     De la réunion de la Commission d’Examen

               L’an 1915, le 23  déc à 14 hres 30, la Commission d’Examen des Avions et Moteurs, composé de MM.

              Le Commandant Dorand de la Section Technique de l’Aéro.

             Le Chef d’Escadron Marie, de l’Inspection des Ecoles

            Le Capitaine Etévé du S.F.A.

                                 Berger du G.Q.G.

                                 Cottret de la R.G.A

           Le Lieutenant Toussaint du S.F.A.

                                      S’est réunie 6 boul.des Invalides pour examiner les questions suivantes :

                                     1°/ Avion Ponche à moteur Le Rhone 110 HP

                                    2°/…………………………………………………………………….

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                                     I° AVION PONCHE Rhô,ne 110 HP

                            Lecture est donnée par le Lt Toussaint de son rapport sur les essais de l’avion Ponche. La Commission adopte la teneur générale de ce rapport qui est joint au présent P.V.

                          Le Commandant Dorand attire l’attention de la Commission sur les grosses différences des résultats obtenus avec l’Avion PONCHE et avec l’avion NIEUPORT à moteurs Rhone 110.

                          Avec la même charge de 300 kgs,

              L’Avion Nieuport monte à 2000 m. en 19’20’’, et sa vitesse à 2000 m est de 153 km.hre

             L’Avion Ponche monte à 2000 m en 19’20’’ et sa vitesse à 2000 m est de 113 km.hre

                          On peut dire que l’avion Ponche a une moins bonne utilisation de la puissance que l’avion Nieuport. Ce défaut est dû- en partie- à la disposition de la nacelle, mais cette disposition donne en revanche des avantages au point de vue armement, visibilité et atterrissage.

                         Pour ces raisons on peut proposer que l’avion soit expérimenté sur le front.

                        Après discussion la Commission émet le vœu suivant :

« En raison des efforts accomplis par le Sergent Ponche et ses collaborateurs depuis plusieurs années pour mettre au point son avion, et à titre tout à fait exceptionnel, la Commission estime qu’il y aurait lieu de demander au G.Q.G. l’autorisation de faire expérimenter sur le front dans une escadrille de C.A l’avion du Sergent Ponche ».            

Comme on peut le voir dans ces rapports, les performances de cet aéroplane pesant désormais 300 kgs lui permettant de monter à 2000 m d’altitude  en 19 minutes et 20 secondes avec une vitesse de 113 km/h intéressait l’Etat français. Et quelques mois plus tard, effectivement, le grand quartier général accorda l’autorisation de faire effectuer des essais sur le front dans une escadrille.

Malheureusement le 10 février 1916 à 11 heures du matin, le sergent Charles PONCHE, 2ème groupe d’aviation de la réserve générale d’aviation de DUGNY (Seine) et son pilote le sergent Coffin, alors qu’ils effectuaient des essais sur le terrain de Dugny, près du Bourget, connurent lors d’un vol la défaillance du moteur et l’appareil s’écrasa. Les deux hommes furent tués sur le coup . Ils faisaient  partie de l'escadrille CAUDRON 56.

Ce fut la fin de l’histoire de cet extraordinaire appareil, l’ancêtre peut-être de l’U.L.M.       

photo du 1er tubavion

 

(Merci à Mme MARAND Geneviève, fille de Monsieur PONCHE et aux différentes personnes qui m’ont aidé dans les recherches)......

 Voir également dans le site collection de cartes postales… plusieurs vues du Tubavion. 

Voir histoire complète du tubavion